LEDA et le cygne, mythe ancien toujours représenté (1)

J’aborderai ici la persistence de la représentation d’un mythe grec à travers les siècles. L’histoire mythologique de l’accouplement zoophile de LEDA reine de Sparte avec un cygne (en fait ZEUS) a tellement frappé les hommes que sa représentation pourtant souvent obscène s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui.

L’histoire : Léda, fille de Thestios (roi d’Étolie), est l’épouse de Tyndare (roi de Sparte) et la mère de Clytemnestre, d’Hélène et de Castor et Pollux. Elle fut aimée par Zeus, qui prit la forme d’un cygne pour la séduire. De ses amours avec le dieu, elle conçut deux enfants (Hélène et Pollux), qui naquirent dans un œuf, alors que Clytemnestre et Castor, fils de Tyndare, naquirent dans un autre œuf

Dans l’antiquité,  on représente les amours de Léda et du cygne sous deux types :

  • Léda, debout, ouvre son vêtement pour que le cygne vienne s’y blottir
  • L’accouplement de la jeune femme, nue, avec un cygne de très grande taille.

Les supports sont variés sculpture, lampe, sceau, vase, mosaïque…

Leda et le cygne sur une lampe à huile IIIe siecle ap jc

Leda et le cygne sur une lampe à huile IIIe siecle ap jc

Leda sur des sceaux sassanides époque romaine

Leda sur des sceaux sassanides époque romaine

 

Leda sur un bas-relief hellenistique

Leda sur un bas-relief hellenistique

 

Leda sur une mosaïque

Leda sur une mosaïque

 

Les mythes antiques disparaissent de la culture médéviale mais ils font leur retour à la Renaissance qui redécouvre toute la richesse artistique et intellectuelle de l’Antiquité. Les artistes de la Renaissance relisent les mythes de l’Antiquité païenne qui leur donnent de nouveaux sujets de production.

Ainsi notre Leda réapparait dans des poses assez similaires.

Comme dans cette gravure de Hans Baldung, dit Grien (en raison de sa prédilection pour la couleur verte), un peintre, dessinateur et graveur allemand de la Renaissance qui s’est perfectionné auprès de Durer. (1485-1545)

Leda et le Cygne (Gravure de Hans Baldung)

Leda et le Cygne (Gravure de Hans Baldung)

Léonard de Vinci ne nous montre pas l’accouplement, mais Leda est nue et les oeufs déjà éclos… L’oeuvre originale a disparu mais il existe des copies faites par des élèves de son atelier.

Leda et le cygne d'après Léonard de Vinci copie d'élève 1505-1510

Leda et le cygne d'après Léonard de Vinci copie d'élève 1505-1510

 

Chez Michel-Ange, (composition perdue mais connue par une copie du Rosso de la National Gallery de Londres 1530) Léda  se trouve entre la position assise et la position allongée, le cygne se trouvant dans une position beaucoup plus érotique.

Leda et le cygne d'après Michel-Ange

Leda et le cygne d'après Michel-Ange

D’autres peintres italiens de la renaissance ont donné leur version  :

Antonio Allegri da Correggio, dit Il Correggio

Leda et le Cygne par Corregio 1532

Leda et le Cygne par Corregio 1532

Jacopo Robusti, dit Tintoretto

Leda et le cygne de Tintoretto

Leda et le cygne de Tintoretto

Dans la même veine érotique que Michelangelo, l’oeuvre de Veronese (Paolo Caliari, dit Véronèse 1528-1588) est remarquable

Leda et le Cygne par Veronese

Leda et le Cygne par Veronese

Voici ce qu’en dit l’écrivain Philippe Sollers :

« …Ici, un aveu personnel : un des plus beaux tableaux du monde, érotiquement suggestif, a toujours été pour moi Léda et le cygne de Véronèse.On voit une splendide Vénitienne nue avec bijoux, sur laquelle Dieu (pardon,Zeus) se dispose à opérer une pénétration profonde. Zeus,pour s’unir à une mortelle, s’est transformé en un magnifique cygne blanc,et déjà son bec jaune entre dans la bouche entrouverte de la voluptueuse pâmée (ce n’est pas tous les jours qu’on fait l’amour avec le Divin lui-même). Une reproduction de cette scène mystique m’accompagne depuis l’enfance. Je m’étonne aujourd’hui que Véronèse n’ait pas été davantage inquiété par l’Inquisition, les papes ont donc laissé passer ce genre de fantaisie hautement condamnable mais électrisante, d’un surréalisme rarement égalé. A vrai dire, les dieux grecs, et surtout les déesses,nous manquent, ils nous boudent depuis longtemps, ils ont fui loin de nous, et j’ai peur de me retrouver seul avec eux. Tant pis, je les garde. »
Philippe Sollers
Journal du mois, dans le JDD du dimanche 26 février 2006

Il est vai que le long cou du cygne est propice à toutes les allusions sexuelles masculines. Beaucoup y voient là une représentation de la fellation. Il est vrai que d’un point de vue zoologique, le cygne comme tous les oiseaux, n’a pas d’appendice copulateur. Il se contente d’appliquer son orifice sexuel sur celui de sa femelle. Il est bien incapable de pénétrer sexuellement aucune femme. Cependant l’imaginaire n’a que faire de la réalité anatomique et la puissance associé à la morphologie du cygne suffit à en faire une figure idéale pour représenter l’accouplement d’un dieu avec une femme mortelle de façon moins crue.

Chez François Boucher (1703-1770), il n’est plus question  avec Leda de mimer la copulation ou la fellation, mais de trouver un prétexte au dévoilement du sexe féminin avec (presque) tout ses détails.

Leda et le cygne François Boucher 1740

Leda et le cygne François Boucher 1740

 

A la même époque, Charles-Joseph Natoire autre peintre français (1700-1777) reste sur une pose plus classique.

Leda et le cygne par C-J Natoire

Leda et le cygne par C-J Natoire

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